Cet opus explore la parole des personnes âgées, sa portée et les limites que rencontre son expression. Les verbatim, abondants au sein de chaque article, nous donnent accès aux histoires singulières de personnes âgées, à leur vécu intime face au vieillissement, à la solitude, mais aussi au désir de transmettre. Le numéro donne aussi à entendre la parole collective de ces « vieilles » et « vieux » qui veulent rester jusqu’au bout des citoyens à part entière.
Parler de soi
Il est souvent question dans la première partie de mémoire et de transmission, notamment par le récit biographique (« Si je pouvais vous raconter ma vie… », par Anne Leprêtre). On s’interroge sur la manière de capter et restituer ces paroles, de « trouver des méthodologies de recueil qui construisent un espace accueillant la ‘résonance’ de leurs différents registres de parole » (« Écouter et voir la parole des personnes âgées pour mieux les entendre », par Pascal Dreyer et Marie Delsalle). Ainsi, Bruno, 81 ans, nous apparaît-il à travers un portrait qui s’appuie sur les éléments biographiques et la restitution de sa parole à travers de nombreux verbatims (« Vivre et éprouver la solitude : portrait d’une personnes âgée », par Marie Stoecklin Burr). Les premiers articles de ce numéro nous amènent à considérer la parole des vieilles et des vieux comme un objet d’étude à part entière, source de connaissance et d’expériences.
Demeurer citoyens !
Dans la deuxième partie, les articles abordent la parole comme l’expression du lien des personnes à leur environnement, en particulier à leur territoire de vie. Une expérimentation à Besançon a permis à près de 200 personnes âgées (76 ans en moyenne) de participer à des ateliers pour redessiner leur quartier et « inventer » un habitat qui corresponde mieux à leurs besoins (« L’expérience des habitants âgés, une ressource pour co-concevoir un habitat », par Flavien Le Moing et al.). Cette enquête de terrain a permis de faire émerger une vision subjective et incarnée du territoire, révélant des besoins concrets et parfois invisibles dans les approches plus classiques.
« Cela nous conforte dans l’idée que la prise en compte de la parole des vieilles et des vieux n’est pas qu’une perspective théorique : il y a beaucoup d’initiatives très concrètes qui tentent de se saisir de cette parole. », annoncent Véronique Fournier et Dominique Argoud dans l’avant-propos du numéro.
Ce type d’expérimentation contribue aussi à rendre performative la parole des personnes âgées, en leur donnant le pouvoir d’agir sur leur environnement.
« Sortir de l’Ehpad n’est pas une sinécure »1
Enfin, la troisième partie s’intéresse à la parole des personnes âgées résidant en institution. L’article « Vivre en Ehpad, habiter le territoire et l’exprimer publiquement » nous invite à suivre une « recherche-action » menée dans le Nord-Pas-de-Calais, avec une quinzaine de volontaires résidant en Ehpad. Six ateliers sont organisés hors les murs de l’institution, autour de la question « En quoi mon agir citoyen est limité en Ehpad ? ». Comme dans d’autres articles relatant une expérimentation, on assiste au processus qui permet à la parole des personnes âgées d’émerger. La méthodologie retenue – le ou les endroits choisis pour se réunir, les intervenants ou professionnels en présence, le nombre de séances, ateliers ou rencontres – déterminent un cadre susceptible de contenir et sécuriser les échanges, quel que soit le degré d’autonomie des personnes.
- « Vivre en Ehpad, habiter le territoire et l’exprimer publiquement », par Hugo Bertillon et Damien Vanneste. ↩︎

