Le développement rapide des technologiques numériques change la façon dont les individus travaillent pour tous les métiers et toutes les générations. L’unité de recherche sur le vieillissement a participé à un projet de recherche international, piloté par les chercheurs de l’université Mendel à Brno en République Tchèque. Ce projet s'intéresse à l'impact de ces changements sur les salariés âgés, ainsi qu'aux nouvelles opportunités et aux nouvelles inégalités qu'ils engendrent sur le marché du travail européen.

Work inequalities in later life redefined by digitalization (DIGI-net)

L’équipe de recherche étudie l’impact de la numérisation, de l’automatisation et du développement de l’intelligence artificielle sur les conditions de travail des employés de 50 ans et plus, ainsi que sur leur position sur le marché du travail. Les chercheurs analysent notamment les inégalités entre les jeunes et les seniors, la culture organisationnelle liée à l’âge et le lien entre la numérisation du lieu de travail et la santé. Ils s’attachent également à développer et à mettre en œuvre des mesures concrètes face à la numérisation et analysent les médias sociaux, la communication d’entreprise et les médias d’information qui reflètent, renforcent ou diffusent des stéréotypes sur les travailleurs âgés à l’ère du numérique.

« L’objectif du projet est de démontrer que les employés plus âgés ne constituent pas un obstacle à la transformation numérique, mais bien un élément essentiel de celle-ci. La numérisation peut simplifier et optimiser le travail, et ouvrir de nouvelles perspectives, à condition d’être mise en œuvre avec tact et dans le respect des différentes expériences de vie et de travail. Si les organisations sous estiment l’importance de la formation, de l’accompagnement et de la coopération intergénérationnelle, les nouvelles technologies risquent au contraire d’accroître le stress, la précarité et les inégalités sur le marché du travail »

Martina Rašticová, coordinatrice du projet et vice rectrice à l’internationalisation de l’université Mendel

L’une des principales conclusions du projet est que les employés plus âgés ne forment pas un groupe homogène. Leur rapport à la technologie varie selon leur profession, leur niveau d’études, leur état de santé, leur parcours professionnel antérieur et le soutien apporté par leur employeur. L’étude montre également que le problème ne réside souvent pas dans l’âge en lui-même, mais plutôt dans la manière dont les technologies sont introduites au travail. Lorsque les employés ne disposent pas de suffisamment de temps, de formation et d’espace pour s’adapter, la numérisation peut accroître le technostress, le sentiment d’insécurité et la crainte de perdre leurs compétences.

Selon les chercheurs, il est donc essentiel que les entreprises et les institutions publiques abordent la numérisation comme un changement social et organisationnel, et non simplement comme un processus technique Les mesures recommandées comprennent une formation accessible et axée sur la pratique, l’implication des employés dans la mise en œuvre des nouvelles technologies, le soutien au partage intergénérationnel des connaissances, des politiques RH inclusives en matière d’âge et une communication respectueuse qui ne renforce pas le stéréotype selon lequel les personnes âgées sont incapables de s’adapter au changement numérique.

Dans le cadre de ce projet, le réseau Digi-net s’est particulièrement attaché à coordonner l’ensemble du réseau international, à préparer les résultats de la recherche et de la communication scientifique, à organiser des réunions d’experts et à établir des liens entre la recherche académique, la pratique et les politiques publiques. Les chercheurs ont abordé des sujets tels que le technostress, l’âgisme au travail, les stéréotypes lors du recrutement, l’impact de la numérisation sur l’employabilité des personnes de 50 ans et plus, et les moyens de créer des environnements plus inclusifs. Ce projet ne s’est pas concentré sur une seule entreprise, mais plutôt sur des comparaisons européennes plus larges et sur le partage des connaissances entre des équipes de recherche de différents pays.

L’unité de recherche sur le vieillissement a participé au projet depuis son lancement en 2022 dans le cadre de la Coopération européenne en science et technologie (COST). Ce réseau de recherche a réuni des universités et des équipes de recherche de 39 pays européens, dont la France. Durant ces quatre années, il a produit des publications scientifiques, des analyses, des notes d’orientation, une plateforme web consacrée au vieillissement et au travail à l’ère du numérique, ainsi que des podcasts de vulgarisation scientifique pour mieux faire connaître le sujet au grand public.

Les résultats de cette collaboration de quatre ans ont été présentés par les participants lors de la conférence finale DIGI net 2026, organisée par l’Université Mendel début juin. Cette conférence a réuni des équipes de recherche, des praticiens et des décideurs politiques travaillant sur les liens entre numérisation, vieillissement de la population et mutations du marché du travail. Pendant trois jours, elle a permis de partager les dernières découvertes scientifiques et d’échanger sur les moyens de créer des environnements de travail plus justes et inclusifs dans un contexte de développement technologique rapide.